mercredi 16 septembre 2020

Retrouver le temps de débattre

Québec solidaire d’abord, le Parti québécois ensuite et finalement le Parti libéral ont enfin décidé de rejouer leur rôle d’opposition et commencent à énoncer des réserves sur la gestion de la pandémie par le gouvernement. Il était temps! 

Depuis déjà trop longtemps, les personnes critiques de cette gestion n’avaient plus que la rue pour exprimer leur malaise, quitte à être amalgamées avec les pires mabouls, faute de pouvoir le faire via les organes démocratiques traditionnels. Le fait d’enfin retrouver cette courroie de transmission en calmera plus d’un. 
 
Le Québec a été mis sur pause pendant un temps, tout comme le débat, pourtant essentiel à la vie démocratique. Il est maintenant temps de retrouver le temps de le faire sans avoir peur de se faire taxer de complotiste qui est devenu la nouvelle excommunication publique de notre temps. 
 
Car la gestion du gouvernement Legault n’est pas sans reproche. En termes de mort par habitant, le Québec a un des pires bilans de la planète! L’excuse des CHSLD n’explique pas tout, la situation a été similaire en France, en Italie ou aux États-Unis, ce n’est pas qu’au Québec que nous négligeons les personnes en fin de vie. 
 
Voici donc une série de critiques qui me semblent légitimes en lien avec mon domaine d’expertise. J’invite les professeurs, les avocats, les sociologues et les économistes à en faire de même dans les semaines à venir. 
 

Remettre l’OMS à sa place 

Le gouvernement et la Santé publique citent souvent l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour justifier ses décisions, le Dr Arruda va même jusqu’à afficher fièrement une épinglette de l’organisation sur son veston. Or, l’OMS n’est pas un gros ministère de la santé mondiale. 

Il s’agit essentiellement d’un forum de discussion internationale et un centre de coordination pour des mesures sanitaires élémentaires dans les pays du tiers monde. Parmi ses principales activités, on y trouve la vaccination contre la polio ou la tuberculose, la facilitation d’accès de médicaments de base en Afrique ainsi que la promotion de saine hygiène de vie (faire du sport, manger des légumes et se laver les mains, etc.). 
 
L’organisme est basé sur un autre continent, est soumis à de nombreuses pressions politiques venant des États et sa lourdeur bureaucratique ainsi que ses nombreux scandales n’en font peut-être pas la meilleure boussole pour naviguer en eau trouble. L’organisation n’est même pas capable de proposer une méthode de comptage des morts unifiée à ses membres 6 mois après le début de la pandémie!
 

Repenser nos méthodes 

Cela amène aussi à repenser nos façons de faire. Cela se fait déjà ailleurs dans le monde. Le Royaume-Uni a changé sa méthode de calcul des décès en août, car les chiffres n’avaient plus aucun lien avec la réalité. Pour faire court, les cas de Covid confirmés étaient répertoriés dans un registre et les autorités sanitaires s’informaient périodiquement de leur état de santé, même lorsque rétablies. 
 
De cette manière, une personne guérie du coronavirus depuis des semaines qui faisait une crise cardiaque était quand même comptabilisé comme un décès Covid. La nouvelle façon de faire a permis de retirer 5 300 décès et ainsi offrir un portrait beaucoup plus juste de la situation. 
 
Aux États-Unis, le CDC, la principale agence fédérale en matière de protection de la santé publique a pris la décision de ne plus tester les asymptomatiques jugeant que cela était contreproductif étant donné qu’ils ne représenteraient qu’un très faible risque de contagion. Ici, au Québec, la Santé publique les chasse et annonce davantage de mesures coercitives parce qu’ils seraient maintenant plus nombreux. 
 
Cela pourrait aussi amener à repenser la méthode du lien épidémiologique qui est notre façon de compter dans les CHSLD. Pour caricaturer, si monsieur Tremblay est atteint de la Covid au premier étage de l’établissement, la mort de madame Girard au 3e, qui est due à une insuffisance rénale, sera comptabilisée comme Covid. Cette méthode déforme franchement la réalité et ne fait qu’inquiéter les plus anxieux. Il serait peut-être préférable de revoir cette façon de faire, quitte à avoir une cassure sur les graphiques. 
 
Les communications de la Santé publique semblent également à revoir. Mettre l’emphase sur le nombre de cas total pose un problème. Continuer à communiquer sur les cas de février n’apporte rien à la compréhension de la situation actuelle et ne fait qu’alimenter la peur si le nombre de cas rétablis n’est pas également donné pour le mettre en perspective. 
 
Mettre l’accent sur les cas actifs semble une meilleure chose à faire. Or ce nombre n’est même pas disponible sur le site de la Santé publique et pour le dénicher il faut passer par des sites tiers. Ironiquement, le nombre de cas actif dans les prisons, lui, est disponible. 
 

Une gestion de crise douteuse 

La gestion de la pandémie, du point de vue administratif, est déplorable. Au-delà de l’envoi des données par fax qui date d’une autre époque, le fameux code de couleur proposé il y a deux semaines n’est ni plus ni moins qu’un tableau de bord, un plan de contingence. Un mauvais plan de contingence par-dessus le marché! 
 
Aucun indicateur de performance chiffré, pas de seuils pour justifier un changement de couleur, pas de cibles à atteindre, rien! C’est déjà gênant que la Santé publique n’eût pas ce genre de plan dans ses cartons au jour 1, l’une de ses tâches en temps normal est quand même l’évaluation et la gestion du risque, mais c’est carrément insultant de nous arriver avec un travail aussi bâclé après 6 mois d’état d’urgence sanitaire. 
 
Il faudra en parler de l’état d’urgence. Celui-ci s’éternise alors que le nombre de morts est au plus bas depuis des mois et s'exécute dans un cadre légal inédit. L'article 119 de la loi sur la santé publique stipule que «l’état d’urgence sanitaire déclaré par le gouvernement vaut pour une période maximale de 10 jours à l’expiration de laquelle il peut être renouvelé pour d’autres périodes maximales de 10 jours ou, avec l’assentiment de l’Assemblée nationale, pour des périodes maximales de 30 jours». Or, celui-ci continue d'être en vigueur sans avoir eu l'assentiment de l'Assemblée alors qu'il dure depuis une période excédant largement les 30 jours, une situation qui semble assez inquiéter certains juristes pour faire l'objet d'une contestation judiciaire devant les tribunaux

Le gouvernement Legault navigue à vue. Pire, au doigt mouillé! Sa volteface dans le dossier du sport à l’école en est une synthèse. En moins de 24 heures, une décision pourtant longuement mûrie et dictée par la gravité de la situation fut changée. Lorsqu’on l’a questionné sur les raisons qui justifiaient sa décision, il ne pouvait pas répondre. Une moyenne de 50 cas journaliers semblait être le seuil à ne pas dépasser, mais les sports ont recommencé dans les écoles cette semaine avec une moyenne de plus de 200. 
 

Recommencer à penser l’avenir 

Nous sommes prêts à passer l’éponge sur beaucoup d’incohérences du premier ministre lors du début de la pandémie. La situation était unique, sans précédent, nous avions peur et il a fait de son mieux pour nous rassurer. Il serait toutefois le temps de sortir de la gestion de crise quotidienne, laisser de côté l’improvisation et passer à une réflexion posée pour envisager l’avenir sereinement. 
 
Où allons-nous? Quel est le plan? Serrons-nous tous les dents collectivement jusqu’à la découverte d’un vaccin qui n’arrivera peut-être jamais? Revenons-nous à la vie normale, la vraie, si un médicament efficace est mis au point? Si les tests du vaccin russe Spoutnik sont concluants, nous mettons-nous en ligne pour attendre notre dose ou attendons-nous un pharmacien plus respectable que Vladimir Poutine?
 
Quoi qu’il en soit, la situation actuelle ne pourra pas durer éternellement, ne serait-ce qu’à cause du contexte économique alarmant, que je laisse volontairement aux économistes, mais qui risque d’avoir des répercussions beaucoup plus graves et plus profondes sur notre avenir que la Covid en elle-même.

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