mercredi 9 mars 2022

Ukraine : Est-ce que le temps joue contre Zelensky?

* Texte paru dans Journal de Montréal du 8 mars 2022 à lire ici.

Depuis deux semaines, l’image du David ukrainien résistant contre toute attente au Goliath russe nous inspire, mais est-ce que cette guerre qui s’allonge bénéficiera finalement aux Ukrainiens? Parfois, il est préférable de perdre un peu tout de suite que de perdre beaucoup plus tard.

Vladimir Poutine espérait sûrement que le président Zelensky fuit le pays au premier coup de canon entendu à Kiev, les valises pleines de lingots d’or à la manière d’un dictateur africain, pour ainsi pouvoir boucler une campagne militaire aussi rapide que décisive. Ce n’est pas arrivé. Zelensky est toujours en poste, son armée se bat et l’aide internationale de toute sorte se déploie.

Bref, l’invasion de l’Ukraine sera longue et va se payer au prix fort pour les Russes, tant du point de vue militaire, économique et diplomatique. Toutefois, l’invasion du pays se poursuit… Inexorablement. Kilomètre par kilomètre, village par village, l’armée russe avance et resserre son étreinte à l’est du pays.

La démilitarisation de l’Ukraine voulue par le président russe se fait à coup de canon, le territoire revendiqué par les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk est sur le point d’être conquis et le changement de régime souhaité par le Kremlin est effectif où les chars russes sont passés.

Alors, quel genre paix sera négocié lorsque Vladimir Poutine aura atteint ses objectifs, chèrement payés, par la seule force des armes? Dans une semaine ou dans un mois, cela ne fera pas beaucoup de différence sur le résultat final. Penserons-nous que les accords de Minsk, permettant le retour des régions séparatistes au sein d’une Ukraine largement décentralisée, n’étaient peut-être pas si mal que ça?

Trouverons-nous encore un rôle d’arbitre ou de facilitateur dans la résolution du conflit après la vague de sanctions sans précédent mise en branle depuis le début des hostilités ou ce rôle incombera désormais à la Chine?

Que Vladimir Poutine décide d’intégrer à terme les Républiques populaires de Donetsk et Lougansk ou de faire de l’Est ukrainien une large zone tampon entre l’OTAN et ses frontières, nos leviers de négociations pour influencer sa décision seront alors des plus limités.

Restera-t-il d’autres options que d’aller libérer le pays nous-mêmes par la force? Chose qui, soyons honnêtes, a bien peu de chance de se produire. Les Russes tiennent vraisemblablement plus à ce bout d’Ukraine que nous…

Regretterons-nous alors de ne pas avoir pris assez au sérieux les demandes russes concernant l’expansion de l’OTAN? D’avoir peut-être poussé la Russie dans les bras des Chinois de manière définitive en plus d’avoir nourri de faux espoirs en Ukraine?

jeudi 27 janvier 2022

Élections : Va-t-on courtiser les « anxieux »?

Texte paru dans Le Soleil de Québec le 29 janvier 2022, à lire ici.

Nous le sentons depuis quelques semaines déjà, le consensus mou entourant la gestion de la pandémie semble atteindre ses limites. De plus en plus d’acteurs prennent position sur la manière dont le gouvernement gère son éventail de mesures sanitaires.

Bref, la gestion du virus fait maintenant partie du débat publique et n’est plus l'apanage des épidémiologistes. Tout comme les retraités, les familles ou les syndicats sont visés lors des élections, verra-t-on voir un parti s’intéresser plus particulièrement aux individus qui souhaite un resserrement des mesures?

Cela se fait déjà de l’autre côté du spectre sanitaire; Éric Duhaime et le parti conservateur s’affairent depuis près d’un an à rallier les gens qui souhaitent un allègement significatif des restrictions. Un message qui semble fédérer au-delà des coucous de sous-sol si on regarde les derniers sondages. 

Il est donc raisonnable de penser qu’une formation politique puisse être tenté par la manœuvre, mais en faisant le plein de vote en faveur d’un serrage de vis sanitaire.

Ceux-ci sont plus nombreux que l’on pense. Si on en croit un sondage paru récemment dans le National Post, un quart des Canadiens (27%) n’ont aucune sympathie pour les personnes non vaccinées mourant de la COVID. La même proportion de gens souhaiterait même des peines de prison pour ceux refusant le vaccin. (Sont-ils moins contagieux après un séjour derrière les barreaux?)

Entre ces deux extrêmes se trouve un dégradé de nuances où chaque formation politique pourrait bien être invitée à se prononcer sur chaque mesure passée, présente ou future.

Un débat des chefs tournant autour de la position des candidats sur chaque détail : «Vous dites être pour le passeport, mais vous ne le voulez pas au Costco Madame Anglade?», «Je suis d’accord avec vous sur le vaccimpôt, mais 500$ n’est-ce pas trop Monsieur Legault?», «Ouvrir les restaurants au même moment que les gyms? N’est-ce pas un peu dangereux Monsieur Nadeau-Dubois?».

Le risque est que la gestion de la pandémie se fasse dorénavant sur la base de promesses électorales plutôt que l’urgence du moment.

Nous pouvons imager qu’un gouvernement élu avec le mandat d’adopter une ligne dure se sente obligé de serrer les vis malgré une la situation épidémiologique qui ne le justifie pas ou qu’un premier ministre proliberté se résigne à envoyer les plus vulnérables au casse-pipe pour respecter son programme malgré de nouveaux variants mortels.

Souhaitons-nous que cette cinquième vague soit la dernière et que la prochaine élection ne soit pas avalée par la COVID-19 en reléguant les enjeux économiques, sociaux ou environnementaux au second plan. Ceux-ci sont déjà passablement négligés depuis deux ans, nous ne pouvons pas nous permettre de les mettre de côté quatre années de plus.

dimanche 23 janvier 2022

Une année électorale sous le signe de la COVID pour François Legault?


* Texte paru dans Journal de Montréal du 25 janvier 2022 à lire ici

La semaine dernière, les firmes de sondage sont venues confirmer tour à tour une fatigue des Québécois quant à certaines mesures sanitaires. Bien que la position de la CAQ demeure plus qu’enviable dans les sondages, François Legault devrait s’assurer de ne pas étirer la gestion de la pandémie plus que nécessaire.

Un exemple, la CAQ qui va de l’avant avec l’imposition du passeport vaccinal dans les magasins à grande surface. Comme les quincaillers avant eux, il est raisonnable de croire que de plus en plus de commerçants manifestent leur désaccord.

Certains détaillants défieront peut-être ouvertement le décret, d’autres feront peut-être preuve d’un laxisme élevé quant à son application ou questionneront son utilité. Le gouvernement fera éventuellement les ajustements nécessaires, mais renforcera du même coup le sentiment d’improvisation qui hante les dernières semaines.

Nous pouvons aussi penser que le ministre Dubé annonce éventuellement une 3e dose obligatoire pour garder un passeport vaccinal valide. Difficile d’estimer la proportion des doubles doses qui refuseront la troisième, et le niveau de résignation des Québécois à ce moment-là.

La mesure est populaire, pour le moment… Qui peut prévoir l’appui qu’elle aura au mois de mai ou juin, lorsque la COVID nous aura quittées (du moins pour l’été) et que le nombre d’hospitalisations COVID sera proche de zéro?

Un second exemple est l’idée du vaccimpôt. Si le premier ministre décide d’aller de l’avant avec son projet de contribution santé destiné aux non-vaccinés dès la reprise des travaux parlementaires en février, toute la classe politique provinciale et fédérale prendra position sur le sujet, plusieurs l’ont déjà fait. L’idée sera-t-elle aussi populaire lorsque des juristes s’activeront à la contester devant les tribunaux jusqu’aux élections?

À elles seules, ces mesures pourraient occuper une bonne partie l’agenda caquiste des prochains mois. Ajoutons à cela la sortie du rapport de la coroner Kamel sur les décès en CHSLD de la première vague du printemps 2020, une élection partielle dans la circonscription de Marie-Victorin qui prendra peut-être les allures d’un référendum sur la gestion de la pandémie et François Legault pourrait bien passer l’année 2022 à micro gérer son bouquet de mesures sanitaires au lieu de boucler les derniers dossiers de son mandat.

Celui-ci risque alors de se présenter devant les Québécois avec état d’urgence qui durera depuis mars 2020 et un bilan hors COVID qui se résumera à la loi 21 et la maternelle 4 ans. Le premier ministre pourra alors remercier une opposition plus divisée que jamais pour faciliter sa réélection.

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