samedi 14 novembre 2020

L’autre élection américaine

Imaginez toutes les provinces canadiennes tenir leurs élections en même temps. C’est à peu de chose près ce qui s’est produit chez nos voisins alors que l’élection présidentielle occupait toute l’attention. Un immense brassage de cartes au niveau régional qui influencera à coup sûr la gouvernance du futur locataire de la Maison-Blanche. 

En fait, ce n’était pas moins de 86 des 99 chambres législatives et 13 postes de Gouverneur qui étaient en jeu le 3 novembre, des élections locales dans 44 États dont les résultats n’ont rien pour réjouir le Parti démocrate. 

Il faut dire que la formation politique avait placé la barre haute et espérait des percés dans plusieurs États dont au Texas, Michigan et en Pennsylvanie. Loin d’avoir fait des gains, celle-ci perd les deux chambres au New Hampshire ainsi que la Chambres des représentants de l’Alaska. Même déconvenue au niveau des Gouverneurs où le parti a également échoué à faire des gains et perd le Montana où le républicain Greg Gianforte a arraché la victoire

Suite à ce round électoral, le Parti républicain contrôlera 62 chambres législatives et 27 postes de Gouverneur contre seulement 37 chambres et 23 gouverneurs démocrates. De plus, leurs gains au Montana et New Hampshire permettront aux républicains de former davantage de gouvernements dits trifecta, où le parti contrôle à la fois le poste de Gouverneur et la majorité des deux chambres. Si les gains en Alaska s’officialisent, ils porteront ce nombre à 24 contre à peine 15 trifectas démocrates et 11 États où les deux formations se diviseront les pouvoirs


Ce qu’il faut retenir de tous ces chiffres est que Joe Biden risque de rencontrer une opposition républicaine bien réelle lors de l’application de son programme. Faut-il rappeler que le partage des compétences américain donne de réels pouvoirs aux États en matière d’environnement, d’éducation, de santé et de sécurité publique? 

Or, il s’agit d’autant de champs de compétence qui touchent à la gestion de la pandémie de Covid-19, des tensions sociales BLM ou de la fracturation hydraulique qui est au cœur de la plateforme de Biden. 

En plus de permettre de faciliter l’exécution du programme du futur président, ces élections régionales avaient une importance toute particulière, car les États procèderont cette année à un redécoupage électoral des districts au niveau local et à la Chambre des représentants à Washington qui sera valide jusqu’en 2030. En redessinant la carte des districts, une majorité d’États républicains faciliteront leurs gains futurs, mais influenceront également la politique nationale pour la décennie à venir via le Congrès. 

Alors que leur majorité à la Chambre des représentants s’est réduite à une poigné de sièges et qu’un contrôle du Sénat est plus qu’hypothétique, il est permis de penser que si les démocrates ont finalement eu la tête de Donald Trump, ils l'auront payée de tout le reste.

mercredi 11 novembre 2020

Biden, l’arbre qui cache la forêt?

C’est finalement fait, Joe Biden remplacera de toute évidence Donald Trump aux plus hautes fonctions du pays. Cependant, le futur locataire de la Maison-Blanche aurait tort de croire que les Américains lui ont signé un chèque en blanc, car somme toute, les résultats sont plutôt décevants lorsque pris dans leur ensemble. 

Il s’agit d’une défaite crève-cœur pour une bonne partie de l’électorat républicain qui, encouragée par son candidat défait, a maintenant l’impression de s’avoir fait voler l’élection, mais les tensions entre centristes et radicaux côté démocrate, qui avaient été mises de côté le temps de battre Donald Trump, ressurgissent maintenant que l’euphorie de la victoire s’est dissipée

Joe Biden, déjà exténué par la campagne, entamera son mandat dans une Amérique plus divisée que jamais aux prises avec des tensions raciales et une crise sanitaire sans précédent, mais surtout avec une marge de manœuvre limitée pour réaliser ses engagements. 

Un levier sur trois

Bien que le Président soit l’acteur le plus médiatisé de la politique américaine, on oublie que lui et son exécutif ont des pouvoirs limités sans l’appui des branches législatives et judiciaires. 

Or, Donald Trump a pris soin de nommer la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la plus haute Cour de justice du pays peu de temps avant son départ permettant ainsi à son parti de s’en assurer le contrôle pour les années à venir grâce à une majorité atteignant maintenant les six contre trois. 

Au Congrès, la majorité démocrate à la Chambre des représentants, déjà mince, devrait encore s’effriter de quelques sièges lorsque les résultats officiels seront annoncés pour n’en laisser qu’une poignée. Au Sénat, les démocrates ne semblent pas avoir fait les gains suffisants pour en reprendre le contrôle et les résultats préliminaires font entrevoir un futur Sénat à prédominance républicaine. 

Le seul espoir restant à la formation démocrate est de faire un sans-faute lors du second tour de l’État de Géorgie en janvier en raflant les deux postes de Sénateurs qui y sont à pourvoir et ainsi arracher une égalité au Sénat qui pourra être brisée par la Vice-Présidente Harris en cas d’impasse. 

Cette donne politique risque de laisser bien peu de latitude au Président Biden lors de la première partie de son mandat avant de pouvoir espérer d’éventuels gains lors des élections de mi-mandat de 2022. Toutefois, les pires nouvelles pour le Parti démocrate sont peut-être à chercher ailleurs. 

Des reculs à tous les niveaux

Si les yeux du monde entier étaient rivés sur la course à la Maison-Blanche, une autre lutte, tout aussi importante pour le citoyen américain, se déroulait au niveau des États avec le renouvellement d’une série de mandats électifs. Là encore, les nouvelles étaient mauvaises pour les démocrates. 

13 postes de Gouverneurs étaient à pourvoir lors de ces élections et la formation de Joe Biden a échoué à y faire des gains. Celle-ci perd même le Montana où le républicain Greg Gianforte a arraché la victoire et qui porte maintenant le nombre d’États rouge à 27. 

De plus, 86 des 99 chambres législatives étaient également en jeu lors de ce scrutin et les gains souhaités par les démocrates dans de nombreux États ne se sont pas concrétisés. Ceux-ci perdent les deux chambres du New Hampshire et la Chambre des représentants de l’Alaska. À la suite de ce scrutin, le Parti républicain contrôlera 62 assemblées législatives à travers le pays contre seulement 37 pour le Parti démocrate. 

Tout compte fait, ces élections auront même permis aux républicains de former davantage de gouvernements trifecta, où la même formation politique contrôle à la fois le poste de Gouverneur ainsi que la majorité des deux chambres, portant ce nombre à 24 contre 15 trifectas démocrates et 11 États où les deux partis se divisent les différents pouvoirs. 

Or, ces élections au niveau des États avaient une importance particulière, car ce sont ces législatures qui procéderont au nouveau découpage électoral des districts au niveau local, mais également à de la Chambre des représentants à Washington et permettra d’influencer le résultat des futures élections pour les 10 prochaines années. 

Bien qu’il ne faille pas minimiser la victoire historique de Joe Biden, le recul des démocrates est palpable à tous les niveaux de l'administration du pays. Si les démocrates ont finalement eu la tête de Donald Trump, ils l’auront payée de tout le reste. 

mercredi 4 novembre 2020

Trump nous a encore fait le coup!

Donald Trump nous a encore fait le coup et a fait mentir les sondeurs qui le voyaient loin derrière dans les intentions de vote. Bien que les résultats finaux ne seront pas connus avant un certain temps, la vague bleue que prédisaient plusieurs sondages ne s’est pas matérialisée pour une deuxième fois de suite. Comment cela peut être possible? Comment peut-on expliquer un tel écart entre les prédictions et le résultat dans les urnes?

La première raison qui peut venir à l’esprit est la difficulté des sondeurs à cerner le vote républicain. La faute ne leur incombe pas complètement, les sondés sont également en cause. En fait, c’est près de 12% des républicains qui ne révèleraient pas leur vraie opinion politique lors d'un sondage téléphonique

Cela peut s’expliquer de plusieurs façons. Après des années de Trump bashing, certains ne font tout simplement plus confiance aux grands médias et hésite à leur dévoiler leurs intentions. D’autres encore ne sont tout simplement pas à l’aise d’exprimer ouvertement leur opinion politique, Donald Trump et ses partisans ont plusieurs étiquettes qui leur collent à la peau, un peu comme le Parti libéral du Québec à une certaine époque avec les soupçons de corruption. 

Les électeurs les plus modérés n’ont pas nécessairement envie d’être affublés des pires travers du Président américain et se contenteront de déposer discrètement un bulletin, une prime à l’urne difficile à jauger pour les sondeurs. 

Inversement, si la franche républicaine la plus modérée est timide, celle qui affiche ses couleurs est certainement plus enthousiaste à aller voter que leur pendant démocrate. Il est permis de croire que les républicains sont plus mobilisés et qu’ils ont été voter dans une plus grande proportion. Le parti démocrate a peut-être l’appui d’une plus grande portion de la population en générale, notamment chez les jeunes, mais si leur motivation n’est pas assez suffisante pour les amener à voter, leur appui moral est inutile. 

Les effets de la Covid-19 sur le vote

Au-delà d’un thème de campagne, la covid-19 est également une variable qui influence le vote de plusieurs manières. D’abord, les républicains n’ont pas aussi peur du virus que leurs adversaires démocrates. Dans les faits, un peu moins de 50% des républicains considèrent le virus comme une menace majeure contre 85% des démocrates. 

Le virus n’a pas empêché les partisans Donald Trump de voter en personne au jour du vote alors qu’il a peut-être refroidi certains démocrates qui comptaient se rendre au bureau de scrutin. Les démocrates ont aussi été plus enclins à voter par la poste. Or, le vote par la poste augmente le risque de voir son bulletin rejeté pour diverses raisons; bulletin mal rempli, problème de signature, etc. Lorsque la lutte est si serrée, chaque détail compte. 

Les minorités ne votent plus en bloc

Il fut un temps où le vote des minorités était acquis aux démocrates et il semble que celui-ci est révolu. Si on connaissait déjà l’appui des Cubains et des Vénézuéliens au parti républicain, il semble que le vote latino-américain est plus divisé que jamais, certains sondages affichaient même un appui allant jusqu’à 40% pour le candidat républicain. 

C’est également une tendance que l’on constate, dans une moindre mesure, avec le vote afro-américain. Je le disais dans une analyse précédente, plusieurs ne se reconnaissaient plus dans le mouvement Black Lives Matter et ne font pas des enjeux raciaux le centre de leur pensée politique et sont fatigués d’être pris pour acquis par le Parti démocrate. 

Qui aurait pu croire cela il y a encore 4 ans, Ice cube, 50 cents et d’autres rappeurs bien connus ont manifesté leur appui aux mesures prises par Président Trump pour aider économiquement la communauté afro-américaine. Peut-être que cet appui inattendu pour le candidat républicain a refroidi les ardeurs des électeurs les plus jeunes les moins motivés à voter pour Joe Biden spécialement dans la Rust Belt. Le même phénomène s’est peut-être aussi produit ailleurs avec d’autres personnalités. 

La question dans l’isoloir

La raison qui expliquerait le plus l’écart entre les sondages et la réalité est peut-être la difficulté de cerner les indécis, les vrais, ceux qui se décident une fois dans l’isoloir. Ici, je crois que la question dans l'isoloir a été de nature économique plutôt que sanitaire. Si tel est le cas, elle a largement favorisé le Président sortant qui en a fait le principal argument à sa réélection face à un Joe Biden masqué parlant de confinement. Avec une hausse de 33% du PIB américain au 3e trimestre, Trump a envoyé un signal clair quant à sa capacité à faire rebondir l'économie du pays. 

Il y a encore 8 mois, le chômage était au plus bas et le PIB au plus haut de toute l’histoire américaine. Alors que l’économie mondiale a été mise à mal par la pandémie, plusieurs indécis ont sûrement jugé que le Président Trump était le meilleur choix pour retrouver une prospérité économique pas si lointaine, quitte à compter les morts. 

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