mercredi 29 juin 2022

La souveraineté de l’Arctique canadien passe par son développement

La semaine dernière, le gouvernement Trudeau annonçait la somme de 4,9 milliards de dollars pour moderniser la cinquantaine de radars couvrant la frontière nord du pays, ceux-ci sont maintenant incapables de détecter les nouvelles générations de missiles. Au total, c’est 40 milliards sur 20 ans qui ont été promis pour défendre la souveraineté de l’Arctique canadien. N’aurait-il pas été plus profitable d’allouer ces sommes au développement de la région?

Investir de tels montants pour surveiller un territoire peuplé principalement d’ours polaires et d’ilots de populations séparés chacun par des milliers de kilomètres de steppe glacée peut sembler absurde, mais ce serait oublier que l’Arctique fait partie intégrante de notre identité canadienne. 

Une caractéristique que bien peu de pays ont; la Russie et quelques pays scandinaves partagent ce trait avec nous. (La réponse est moins claire pour les États-Unis où la Californie, le Texas ou la ville New York ont bien plus façonné l’identité américaine que ce que l’Alaska a bien pu faire.) 

Or, même si l'Arctique compte pour 40% du territoire canadien, seulement 0,5% de la population canadienne y vit. Il y a moyen de faire mieux. Il faut investir en Arctique, mais il faut surtout y construire des ponts, des routes, des ports et d’autres infrastructures civiles bien avant une série de radars dispersés à travers la toundra. 

Financer une telle somme pour quelques bijoux technologiques nichés aux confins du Grand Nord alors qu’un rapport de l’Institut climatique du Canada paru ce mois-ci sonne l’alarme sur l’état de nos « infrastructures nordiques délabrées » est paradoxal. 

Au moment où cet immense territoire, autrefois impénétrable, s’ouvre graduellement à nous au rythme d’un réchauffement climatique déjà bien amorcé dans la région, celui-ci devient étonnamment moins accessible du fait de la vétusté des infrastructures en place qui n’ont jamais été conçues pour résister à la fonte du pergélisol. 
 
Plusieurs diront qu’il en est peut-être mieux ainsi, qu’il vaut mieux garder ces vastes étendus à l’état sauvage, mais nous voyons que l’Arctique se transforme déjà, avec ou sans intervention directe. Il serait dommage de se priver des opportunités qu’il fait miroiter alors que le Canada est probablement l’un des rares « chanceux » à la loterie climatique… À la condition de se donner les moyens de ses ambitions. 

Les Russes, de leur côté, ont déjà amorcé leur ruée vers le Nord depuis un certain temps et ont maintenant plusieurs villes au-delà du cercle polaire. La plus connue, Mourmansk, est habitée par près de 300 000 personnes, soit plus que la population des trois territoires canadiens réunis. En plus des villes, le pays dispose également de bases militaires, d’un réseau d’infrastructures nordiques tant terrestres que maritimes. Le pays a même développé de petites centrales nucléaires flottantes pour alimenter ses projets les plus isolées. 

Bien que les ambitions canadiennes soient sans doute plus modestes, nous aurions tort de ne pas développer ce territoire tant les perspectives économiques dans certains secteurs d'activités sont prometteuses, 30% des réserves de gaz et 13% des réserves de pétrole seraient en Arctique. 

Du point de vue social, un réseau d’infrastructures civiles permettrait une occupation pérenne du territoire en plus en plus de contribuer aux objectifs de défense souhaitée à Ottawa. Un projet structurant pouvant garantir la souveraineté canadienne en Arctique en plus de contribuer à notre prospérité à venir.

mercredi 9 mars 2022

Ukraine : Est-ce que le temps joue contre Zelensky?

* Texte paru dans Journal de Montréal du 8 mars 2022 à lire ici.

Depuis deux semaines, l’image du David ukrainien résistant contre toute attente au Goliath russe nous inspire, mais est-ce que cette guerre qui s’allonge bénéficiera finalement aux Ukrainiens? Parfois, il est préférable de perdre un peu tout de suite que de perdre beaucoup plus tard.

Vladimir Poutine espérait sûrement que le président Zelensky fuit le pays au premier coup de canon entendu à Kiev, les valises pleines de lingots d’or à la manière d’un dictateur africain, pour ainsi pouvoir boucler une campagne militaire aussi rapide que décisive. Ce n’est pas arrivé. Zelensky est toujours en poste, son armée se bat et l’aide internationale de toute sorte se déploie.

Bref, l’invasion de l’Ukraine sera longue et va se payer au prix fort pour les Russes, tant du point de vue militaire, économique et diplomatique. Toutefois, l’invasion du pays se poursuit… Inexorablement. Kilomètre par kilomètre, village par village, l’armée russe avance et resserre son étreinte à l’est du pays.

La démilitarisation de l’Ukraine voulue par le président russe se fait à coup de canon, le territoire revendiqué par les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk est sur le point d’être conquis et le changement de régime souhaité par le Kremlin est effectif où les chars russes sont passés.

Alors, quel genre paix sera négocié lorsque Vladimir Poutine aura atteint ses objectifs, chèrement payés, par la seule force des armes? Dans une semaine ou dans un mois, cela ne fera pas beaucoup de différence sur le résultat final. Penserons-nous que les accords de Minsk, permettant le retour des régions séparatistes au sein d’une Ukraine largement décentralisée, n’étaient peut-être pas si mal que ça?

Trouverons-nous encore un rôle d’arbitre ou de facilitateur dans la résolution du conflit après la vague de sanctions sans précédent mise en branle depuis le début des hostilités ou ce rôle incombera désormais à la Chine?

Que Vladimir Poutine décide d’intégrer à terme les Républiques populaires de Donetsk et Lougansk ou de faire de l’Est ukrainien une large zone tampon entre l’OTAN et ses frontières, nos leviers de négociations pour influencer sa décision seront alors des plus limités.

Restera-t-il d’autres options que d’aller libérer le pays nous-mêmes par la force? Chose qui, soyons honnêtes, a bien peu de chance de se produire. Les Russes tiennent vraisemblablement plus à ce bout d’Ukraine que nous…

Regretterons-nous alors de ne pas avoir pris assez au sérieux les demandes russes concernant l’expansion de l’OTAN? D’avoir peut-être poussé la Russie dans les bras des Chinois de manière définitive en plus d’avoir nourri de faux espoirs en Ukraine?

jeudi 27 janvier 2022

Élections : Va-t-on courtiser les « anxieux »?

Texte paru dans Le Soleil de Québec le 29 janvier 2022, à lire ici.

Nous le sentons depuis quelques semaines déjà, le consensus mou entourant la gestion de la pandémie semble atteindre ses limites. De plus en plus d’acteurs prennent position sur la manière dont le gouvernement gère son éventail de mesures sanitaires.

Bref, la gestion du virus fait maintenant partie du débat publique et n’est plus l'apanage des épidémiologistes. Tout comme les retraités, les familles ou les syndicats sont visés lors des élections, verra-t-on voir un parti s’intéresser plus particulièrement aux individus qui souhaite un resserrement des mesures?

Cela se fait déjà de l’autre côté du spectre sanitaire; Éric Duhaime et le parti conservateur s’affairent depuis près d’un an à rallier les gens qui souhaitent un allègement significatif des restrictions. Un message qui semble fédérer au-delà des coucous de sous-sol si on regarde les derniers sondages. 

Il est donc raisonnable de penser qu’une formation politique puisse être tenté par la manœuvre, mais en faisant le plein de vote en faveur d’un serrage de vis sanitaire.

Ceux-ci sont plus nombreux que l’on pense. Si on en croit un sondage paru récemment dans le National Post, un quart des Canadiens (27%) n’ont aucune sympathie pour les personnes non vaccinées mourant de la COVID. La même proportion de gens souhaiterait même des peines de prison pour ceux refusant le vaccin. (Sont-ils moins contagieux après un séjour derrière les barreaux?)

Entre ces deux extrêmes se trouve un dégradé de nuances où chaque formation politique pourrait bien être invitée à se prononcer sur chaque mesure passée, présente ou future.

Un débat des chefs tournant autour de la position des candidats sur chaque détail : «Vous dites être pour le passeport, mais vous ne le voulez pas au Costco Madame Anglade?», «Je suis d’accord avec vous sur le vaccimpôt, mais 500$ n’est-ce pas trop Monsieur Legault?», «Ouvrir les restaurants au même moment que les gyms? N’est-ce pas un peu dangereux Monsieur Nadeau-Dubois?».

Le risque est que la gestion de la pandémie se fasse dorénavant sur la base de promesses électorales plutôt que l’urgence du moment.

Nous pouvons imager qu’un gouvernement élu avec le mandat d’adopter une ligne dure se sente obligé de serrer les vis malgré une la situation épidémiologique qui ne le justifie pas ou qu’un premier ministre proliberté se résigne à envoyer les plus vulnérables au casse-pipe pour respecter son programme malgré de nouveaux variants mortels.

Souhaitons-nous que cette cinquième vague soit la dernière et que la prochaine élection ne soit pas avalée par la COVID-19 en reléguant les enjeux économiques, sociaux ou environnementaux au second plan. Ceux-ci sont déjà passablement négligés depuis deux ans, nous ne pouvons pas nous permettre de les mettre de côté quatre années de plus.

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